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Résumé
Après l’Hymne homérique à Déméter du cours précédent, c’est celui d’Hermès qui fait l’objet de la présente leçon. Comme les autres œuvres du même type, cet hymne explore la timē du dieu, les honneurs qui doivent lui revenir. Fils de la nymphe Maïa et de Zeus, le dieu à peine né dans la grotte où vit sa mère est ‘pris d’une impérieuse envie de viande’. La suite du poème permet de comprendre ce désir comme une aspiration à intégrer le cercle des dieux de plein exercice qui reçoivent l’hommage sacrificiel des humains. Pour obtenir la reconnaissance de Zeus, à l’instar de celle que son frère Apollon a déjà reçue, Hermès construit son profil de divinité de l’échange et de la médiation en inventant la lyre, qui lui permettra de séduire Apollon, et en volant à son frère cinquante vaches de son troupeau. Dans une société où la valeur des choses se mesure en tête de bétail, ce choix est culturellement pertinent.
Mais Hermès ne se contente pas de voler les vaches. Il invente les bâtons à feu pour produire une flambée – posant autrement la problématique du feu alimentaire volé par Prométhée –, il tue deux bêtes, les découpe et embroche indistinctement, pour les faire rôtir, tous les types de portions : les chairs, l’échine en tant que part d’honneur et les entrailles gorgées de sang. Cette variation sur le thème sacrificiel de l’abattage et de la découpe d’un animal domestique aboutit au partage strictement égal de l’ensemble en douze portions, tirées au sort et augmentées chacune d’une part d’honneur. Hermès résiste au désir pressant de consommer la viande, non parce qu’il mettrait ainsi à mal un statut divin à acquérir – il est déjà dieu –, mais parce que sa timē n’a pas encore été reconnue par Zeus. Les douze portions qu’il élabore dessinent l’horizon de son attente : intégrer l’assemblée des dieux de plein exercice, ceux qu’honorent les humains. Au terme de l’intrigue, ce statut lui sera conféré par Zeus et assorti de privilèges consentis par Apollon. Le dépôt des parts de viande rôtie au cœur de l’hymne est une préfiguration du rituel de la theoxenia, la ‘réception des dieux’ attestée dans les cités historiques. Tout comme la crise prométhéenne – dont l’arrière-plan et les formules infusent l’hymne à Hermès – crée les conditions de la thusia, le poème pour le fils de Maïa met en place les conditions de la theoxenia.