Résumé
L’héritage universaliste des Lumières, dans l’Entre-deux-guerres, ne se réduit pas au discours colonialiste prônant la mission civilisatrice de l’Europe. D’autres usages en sont faits, dans une perspective européenne, pour défendre la démocratie, s’opposer aux régimes fascistes et promouvoir un dépassement des nationalismes. Nous suivons aujourd’hui Julien Benda, l’auteur de la Trahison des clercs (1927) qui fut un défenseur acharné du rationalisme des Lumières, contre la droite nationaliste de son temps, mais aussi contre toutes les formes de littérature et d’art moderne. « Réactionnaire de gauche », selon la formule d’Antoine Compagnon, cet antimoderne fut un pilier de la NRF, un militant antifasciste, un sympathisant du Front Populaire. En nous appuyant sur la préface au Dictionnaire philosophique de Voltaire (1936) et sur son Adresse à la nation européenne (1933), on peut chercher à comprendre un courant spécifique d’interprétation des Lumières et de leur langage universaliste qui s’exprime dans un contexte très particulier, celui des années 1930, mais qui a eu des répercussions jusqu’à nos jours.