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Edith Heard – Portrait

À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2025

Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous rappeler votre parcours professionnel ?

Je suis généticienne spécialiste en épigénétique.

J’ai démarré mon cursus universitaire à l’Université de Cambridge au Royaume-Uni par des études en physique puis j’ai souhaité orienter ce cursus vers le domaine de la biologie. Animée par la recherche, j’ai ensuite préparé mon doctorat au Imperial Cancer ResearchFund à Londres. Après quatre années de thèse, j’ai rejoint en 1990 l’Institut Pasteur dans le cadre d’un contrat postdoctoral pour y étudier l’inactivation du chromosome X, un processus épigénétique spécifique aux femmes.

Mon expérience professionnelle au sein de l’Institut Pasteur a duré neuf années pendant lesquelles j’ai eu l’opportunité d’accéder au statut de chargée de recherche au CNRS. Riche de cette expérience, j’ai souhaité travailler une année aux États-Unis d’Amérique au Cold Spring Harbor Laboratory, Institut de recherche. C’est à ce moment que j’ai pu monter une équipe de recherche et rejoindre l’institut Curie à Paris en 2001 et en 2010, je suis devenue directrice de l'unité Génétique et biologie du développement. J’ai été nommée en 2012 professeure du Collège de France puis directrice générale de l’EMBL en janvier 2019.

Comment voyez-vous vos fonctions de professeure au sein du Collège de France ?

Être professeure du Collège de France me permet de communiquer au public les études avancées sur l’épigénétique, une discipline en plein essor. Mes cours et les séminaires peuvent stimuler une réflexion sur des sujets beaucoup plus vastes que mon propre sujet de recherche.

Être nommée professeure du Collège de France m’a permis d’élargir et d’ouvrir davantage encore mes horizons en ayant notamment l’opportunité d’interagir avec des professeurs de divers domaines et d'aborder de grands sujets, pluridisciplinaires et d’actualité.

Racontez-nous un moment fort de votre carrière professionnelle

Dans la continuité de la réponse apportée à la question précédente, je souhaite évoquer le colloque « Migrations, réfugiés, exil », organisé par le Collège de France en 2016, qui a ensuite donné naissance au programme PAUSE. Sous l’impulsion d’Alain Prochiantz, qui était administrateur du Collège de France à l’époque, nous avions réuni des personnalités scientifiques et de la société civile pour constituer le comité de soutien du programme PAUSE. Nous avons ainsi signé tous ensemble une tribune publiée le 15 octobre 2016 pour alerter l’opinion sur les enjeux et l’urgence de l’accueil en France des scientifiques en danger.

Un autre moment fort de ma carrière scientifique était la découverte (en collaboration avec Job Dekker) d’une nouvelle règle d’organisation spatiale des chromosomes qui reflète leur fonctionnement – les domaines topologiques associés (TADs). Il s’agissait d’une découverte inattendue dont les études ont permis d’ouvrir de nombreuses perspectives pour la compréhension de régulation génique et de certaines pathologies.

 Avez-vous rencontré un obstacle dans votre carrière et comment l’avez-vous surmonté ?

J’ai eu beaucoup de chance dans ma carrière professionnelle en ayant du soutien aussi bien sur le plan personnel que professionnel. Je n’ai donc pas rencontré d’obstacles majeurs.

Néanmoins, j’ai pu remarquer autour de moi, et dans ma propre expérience, qu’il est clairement moins facile pour une femme d’accéder et d’occuper des fonctions à responsabilités à haut niveau : plus on monte en grade et plus le défi devient important lorsque l’on est une femme dans des milieux encore assez masculins comme dans la recherche scientifique.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes inspirées par les métiers scientifiques ?

Le premier conseil que je souhaite donner à ces jeunes filles est de se lancer sans se poser trop de questions. Si elles sont animées par la curiosité, la science offre des métiers très inspirants qui donnent l’opportunité de chercher l’inconnu et c’est en ce sens unique. Bien sûr, elles pourront rencontrer des obstacles qu’elles sauront surmonter si elles sont animées par la passion.