

Le mot révolution, comme l'a bien remarqué Alain Rey, « est devenu très actif dans la mémoire collective des francophones depuis la fin du XVIIIe siècle ». Yadh Ben Achour examine la révolution tunisienne en la replaçant tout d'abord dans son cadre historique, au regard de la théologie politique islamique classique et sous l’angle de l'anthropologie historique, puis en étudiant l'ambiguïté de son déroulement dans le contexte des récentes révolutions arabes.
Ce livre est la réédition par le Collège de France de l'ouvrage publié sous le même titre en 2022 (Collège de France/Fayard).
Yadh Ben Achour est juriste universitaire et professeur spécialisé en droit public interne et international, ainsi que dans la théorie politique islamique. Après la révolution tunisienne, il a été désigné président de la Haute Instance de réalisation des objectifs de la révolution. Actuellement membre du comité des droits de l’homme des Nations unies, il est professeur invité au Collège de France sur la chaire annuelle Mondes francophones (2019-2020), créée en partenariat avec l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).
Le concept de « révolution » à l’épreuve
Révolution et histoire
Révolution et utopie
La révolution tunisienne à la lumière de son passé
La révolution, de l’espérance à la discorde
Conclusion : l’espérance des révolutions arabes
Révolution et révolutionnaire ne sont pas de simples mots du langage familier, encore moins des concepts scientifiques, mais des mythes mobilisateurs éthiques, poétiques, iconographiques, littéraires, musicaux, parlant au nom de l’inaccessible justice. Il arrive même qu’on les chante à l’échelle planétaire. Ainsi, Hasta siempre, comandante, la chanson écrite à la gloire de Che Guevara par Carlos Puebla, mondialisée par Nathalie Cardone, s’est retrouvée sur presque toutes les lèvres à travers le monde, y compris celles qui ne parlent pas espagnol. À défaut d’en connaître les paroles, on en connaît au moins l’air. Une chanson populaire peut même participer à la fabrication d’une figure révolutionnaire. Tel fut le cas de Free Nelson Mandela, la chanson protestataire écrite par Jerry Dammers en 1984, en soutien au combat de Nelson Mandela contre l’Apartheid et qui fut exploitée par le Congrès national africain (en anglais : African National Congress, abrégé ANC) en Afrique du Sud. Thomas Sankara, le président burkinabé, fit l’objet d’un même culte à travers les chansons reggae ou le blues africain, et pour la même raison : l’incarnation d’un pouvoir révolutionnaire, rédempteur social.