14:00 à 15:00
Cours
Forte affluence

Au théâtre du monde, recherche de la base et du sommet

Patrick Boucheron
14:00 à 15:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
Forte affluence ! Se présenter 45 mn avant le début. Libre accès, dans la limite des places disponibles
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Résumé

Si l’on admet que les lieux de pouvoir ne peuvent se réduire aux espaces bâtis, peut-on en esquisser le répertoire naturel ? Le plus simple est sans doute de revenir à l’évidence topographique du surplomb et du regard souverain : en suivant le motif de la montagne du pouvoir de Kalila et Dimna à Machiavel, en passant par la forteresse d’Alamût et la fable politique du « Vieux de la Montagne », on rappelle que l’art politique se définit d’abord par la capacité à voir de loin. Mais cette recherche du sommet, qui alimente toute une littérature morale avertissant contre le vertige et la tentation, se double d’une réflexion ambivalente sur les bases de la puissance. L’exemple islandais de l’Althing démontre que tous les lieux, même les plus désolés, peuvent devenir des lieux de délibération. Dès lors, la réflexion interroge la possibilité d’une histoire comparée des formes d’assemblées représentatives et, au-delà, de la pertinence d’une recherche des caractères anthropologiques fondamentaux d’une géographie symbolique de la domination.

Sommaire

  • Qu’avons-nous vu depuis le château de Mehun-sur-Yèvres ? Premier bilan
  • En quête des caractères anthropologiques fondamentaux d’une géographie symbolique de la domination
  • La montagne du pouvoir d’après le Kalila et Dimna (Ibn al’Muqaffa, Le Livre de Kalila et Dimna, trad., André Miquel, Paris, 1980)
  • Un lieu élevé, escarpé, tentateur : « y grimper est chose très ardue, et rester dans le bien qui s’y trouve plus amère et difficile encore »
  • D’Alphonse X Le Sage à Henri IV de Trastamare, « le roi est comme une sierra » (François Foronda, « La montagne du pouvoir. L’image de la montagne dans le discours politique castillan (XIIIe-XVsiècle) », dans Montagnes médiévales. Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 34ᵉ congrès, Chambéry, 2003)
  • Noirs châteaux de la subversion sombres abymes de la cruauté, des Carpates à la forteresse d’Alamût
  • Qui est « le Vieux de la Montagne ? »
  • Aux origines de la fable : le Devisement du monde de Marco Polo et « l’Arbre Seul, que les chrétiens appellent l’Arbre sec »
  • La montagne, refuge des ingouvernables (James Scott, Zomia, ou l’art de ne pas être gouverné, Paris, 2013)
  • Le déguerpissement, force des faibles (Katsumato Shizuo, Ikki. Coalitions, ligues et révoltes dans le Japon d’autrefois, CNRS éditions, 2011)
  • Vivre à l’ombre du château : fictions politiques
  • « De même que ceux qui dessinent les pays se placent en bas, dans la plaine, pour considérer la nature des monts et des lieux élevés… » : retour sur la lettre dédicatoire du Prince de Machiavel
  • Qui sont coloro che disegnano e paesi ? (Romain Descendre, « L’arpenteur et le peintre : métaphore, géographie et invention chez Machiavel », Laboratoire italien, 2008)
  • Le savoir politique comme art de voir de loin (Carlo Ginzburg, À distance. Neuf essais sur le point de vue en histoire, Paris, 2001)
  • Délibérer dans des lieux désolés : l’Islande comme « société fragmentaire » (Jesse Byock, L’Islande des Vikings, Paris, Aubier, 2007)
  • L’Althing : cour de justice, assemblée souveraine arène politique
  • « Il se coucha, étendit son manteau sur lui, resta couché toute la journée et la nuit suivante, et ne dit pas un mot » : histoire du diseur de loi Thorgeir de Ljósvatn (Peter Brown, L’Essor du christianisme médiéval, Paris, 1997)
  • Y a-t-il des formes obligées du rassemblement politique ? (Thomas Flum, Maxime Kaci, Jérôme Loiseau et Emilie Rosenblieh (dir.), Les Lieux de délibération. Espaces, décors, dispositifs, Presses universitaires de Franche-Comté, à paraître)
  • Quand les lieux délibèrent pour nous (Ann Davidian et Laurent Jeanpierre (dir.), What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)
  • Histoires comparées des formes délibératives (Marcel Détienne (dir.), Qui veut prendre la parole ?, Paris (« Le genre humain », 40-41) 2003)
  • À Samarkand, à la cour du roi du Mâli et à Angkor : trois histoires d’ambassades, d’espaces curiaux et de lieux de pouvoir (Patrick Boucheron, « La ville, la cour, la modernité de l’État. Un “modèle européen” au risque de la world history », dans Léonard Courbon et Denis Menjot (dir.), La Cour et la ville dans l’Europe du Moyen Âge et des Temps modernes, Turnhout, Brepols, 2015).