14:00 à 15:00
Cours
Forte affluence

Asseyez-vous, je vous prie

Patrick Boucheron
14:00 à 15:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
Forte affluence ! Se présenter 45 mn avant le début. Libre accès, dans la limite des places disponibles
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Résumé

Comment asseoir son autorité ? Entre siège du pouvoir et assise de la puissance, cette dernière séance tente de tirer le bilan des réflexions menées dans le cours de cette année sur les lieux de pouvoir à partir d’une figure apparemment simple : celle de la chaise et de la chaire, de la cathèdre et du trône. Mais l’histoire du réseau sémantique qui procède de sedere/assedere révèle rapidement sa complexité et son ambivalence. Il ne s’agit pas seulement de définir les règles de la bienséance et de la préséance ; la question de l’ordo sedendi pose celle, autrement plus redoutable, de la majesté (telle qu’elle se donne à voir dans la représentation par Fouquet du lit de justice de Vendôme en 1458). Mais aussi celle de l’insistance des lieux et de l’obstination des successions, comme on peut le voir à travers le double exemple du « trône » dit de Dagobert et de la chaise d’Edward Ier. Il n’y a pourtant pas que le Game of Thrones des monarchies européennes : en faisant le détour par le diwan sultanien et par les bancs publics de l’espace civique italien, la séance débouche ultimement sur la question politique contemporaine de ce qui fait, aujourd’hui, nos lieux communs.

Sommaire

  • Les trois enjeux du politique : « qui commande ? Qu’est-ce qu’il commande ? Sur quel ton commande-t-il ? » (Paul Veyne, Le Pain et le Cirque. Sociologie historique d’un pluralisme politique, Paris, Seuil, 1976)
  • Exercices de style : des mille et une manières de surseoir, de s’asseoir et de faire asseoir
  • Assedere et sedere : siège du pouvoir et assises de la puissance
  • Séances, bienséance, préséances
  • « Et au plus eslevé throne du monde, si ne sommes assis, que sus notre cul » (Montaigne)
  • Retour sous le chêne de Saint Louis, qui « faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui »
  • Chaises, chaires et cathèdres
  • Aula et camera : il n’y a pas de salle du trône dans un palais médiéval
  • Audiences et palais d’État : un tournant cérémoniel au XVIsiècle
  • Aux origines liturgiques du lever du roi (Ernst Kantorowicz, Le Lever du roi, Paris, 2004)
  • Dios thronous : quand les Dieux grecs s’assoient dans les trônes des temples
  • De Constantinople à Aix-la-Chapelle, le rêve impérial du trône
  • Un symbole de la succession royale : la King Edward’s Chair
  • Les rois d’Angleterre s’assoient sur l’histoire écossaise de la pierre du destin
  • Déjouer l’insistance topographique des emplacements et la succession obstinée des héritages : l’exemple du « trône » de Dagobert
  • Une « noble cathèdre vétuste et disloquée » : bricolage de la mémoire (Cécile Lagane et Lise Saussus, « L’épineuse lecture du “trône de Dagobert” : analyses stylistiques, techniques et matérielles. Utilisation, représentation et interprétation », Archéologie médiévale, 2024)
  • Quand la chaise pliante cède sous le poids de Napoléon : allégorie sur la fragilité des empires
  • Des bancs et des tentures : retour sur le lit de justice de Charles VII à Vendôme en 1458 représenté par Jean Fouquet dans le Boccace de Munich
  • La majesté, forme vide : le jeu des perspectives, des tentures et des positions (Franck Mercier, « Un spectaculaire trompe-l’œil rituel », dans Lucien Faggion et Laure Verdon (dir.), Rite, justice et pouvoirs, Presses universitaires de Provence, 2012)
  • Ordo sedendi : de l’art de s’asseoir à la bonne place (Fabrice Delivré, « Les évêques face au pape. Les conflits de préséance en concile général (XIe-XVsiècle) », dans François Foronda, Christine Barralis et Bénédicte Sère (dir.), Violences souveraines au Moyen Âge : Travaux d'une École historique, Paris, 2001)
  • « Chez eux, on n’utilise pas, comme ailleurs, des trônes et des sièges ; on discute et on mange sur des lits, couché, les jambes posées l’une sur l’autre » (Jean de Gorze, ambassadeur à la cour du calife omeyyade Abd-al Rahman III de Cordoue en 956)
  • Le diwan, du recueil poétique aux bureaux de l’administration en passant par le meuble du pouvoir (Jocelyne Dakhlia, Le Divan des rois. Le politique et le religieux dans l’Islam, Paris, 1988)
  • Lieux communs, biens communs, bancs publics
  • Il n’y a pas de non-lieux (Michel Bussi, Martine Drozdz et Fabrice Argounès (dir.), Nos lieux communs. Une géographie du monde contemporain, Paris, 2025)
  • Leçons de topophilie : les nouvelles formes d’appropriation de l’espace urbain (Thierry Paquot, L’Amour des lieux, Paris, 2025)
  • La ringhiera de la place de la Seigneurie à Florence : espace public et théâtre cérémoniel
  • Toujours à Florence, mais au pied du palais des Médicis : « asseyez-vous, je vous prie » (Yvonne Elet, « Seats of Power. The Outdoor Benches of Early Modern Florence », Journal of the Society of Architectural Historians, 61-4, 2002)
  • « Au revoir ».